PROJECTION PRIVÉE

 

De RÉMI DE VOS

Mise en scène MICHEL BURSTIN

Avec BRUNO ROCHETTE, SYLVIE ROLLAND, ELSA TAUVERON

Décor : PHILIPPE CALMON

Costumes : ÉLISE GUILLOU

Lumière et son : OLIVIER MANDRIN

Production : COMPAGNIE HERCUB’

 

Coproduction : Ville de Vincennes

Soutiens : Conseil Régional d'Île-de-France, Conseil Départemental du Val-de-Marne, Espace Daniel Sorano, ADAMI

   

Création le 18 octobre 2017 au Théâtre Le Lucernaire

 

Un couple se délite.

Une femme est assise sur le canapé. Elle regarde la télévision. Elle attend son mari. Quand il rentre, il n’est pas seul. Une fille rencontrée quelques heures auparavant l’accompagne. Il est surpris de voir sa femme dans leur appartement.

La femme est imperturbable, sa série va commencer.

La communication est brouillée.

La femme est absorbée par la télévision. L’homme est perdu dans ses démons. La fille s’installe…

Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eu tout seul... Surtout si on est trois!


© Joseph Banderet

 

Note d'intention et réflexions

 

La rencontre avec Rémi De Vos a été d’une grande simplicité. Nous nous sommes fixés rendez-vous dans un café place de la Bastille, et avons parlé. Facilement. De ce texte, de nos projets, de nos envies, de la vie. Il a cette écoute discrète et attentive, ce talent de rendre facile la relation.

 

Cette rencontre ressemble à son écriture. Tout paraît simple et évident à la première lecture d’un texte de Rémi De Vos, alors qu’en réalité…

 

Cette ambiguïté je la connais. Elle est commune aux auteurs que j’aime. Je l’avais ressentie en découvrant Projection Privée. J’avais ri, beaucoup, j’avais été impatient de connaître la suite, et bien sûr j’avais essayé de comprendre. Comprendre ces personnages si communs et si particuliers.

 

En commençant à travailler, seul, sur le texte, de manière plus introspective, je me suis beaucoup questionné. Cette femme, cet homme, et cette intruse qui arrive dans le couple, qui sont-ils ? Sans oublier un personnage phare : la télévision. Pourquoi prend-elle autant de place ?

Tout semblait si simple, alors qu’en réalité… là aussi…

 

La femme, accro aux séries télé qu’elle regarde toute la journée, va s’avérer beaucoup plus trouble qu’elle n’y parait. Attention Patrick Le Lay, cette femme va vous surprendre. Son « temps de cerveau humain disponible » va contrecarrer vos objectifs. Elle va réussir à nous perdre, mais il serait dommage d’en dire davantage.

 

L’homme qui semble au début monolithique, va lui aussi nous surprendre avec cette fille qu’il ramène à la maison, cette baby-sitter pour un couple sans enfants. Ce mensonge qui nous fait rire, pourquoi surgit-il avec autant de spontanéité ? Comme ces prénoms qui se bousculent dans sa tête. Avec qui vit-il ? Quelle image a-t-il de sa femme, de la femme ?

 

Et cette jeune femme qui entre dans cette maison, dans l’intimité d’un couple, on sait ce qu’elle vient y chercher, mais que va-t-elle y trouver ?

 

Ce texte parle des relations humaines, des relations de couple, de respect, de manque de respect, qui prend ici une forme polymorphe. Cette pièce fort drôle et subtile parle de solitude, de désarroi.

 

A force de projections, privées ou pas, ne risque-t-on pas de se perdre ? Comment traiter au théâtre du respect et de l’irrespect dans les relations humaines sans accabler l’un ou l’autre des personnages. Cette Projection Privée est-elle une projection de nous-même, de nos vies, de nos fantasmes avoués ou secrets ?

 

Ma mise en scène va s’articuler autour de la facilité avec laquelle on peut faire naître un sentiment opposé à ce que l’on projetait au départ. Je vais travailler sur l’équilibre instable entre respect et irrespect dans les relations. Il n’y a ni cynisme ni vulgarité, dans cette pièce ; comme le dit Brecht : « Un homme a beaucoup de possibilités ».

 

Mon travail va consister à transfigurer ces possibles, à accueillir ces personnages comme les membres d’une famille reconstituée, à mettre en scène cette foultitude de sentiments troubles et opposés. Le danger serait de s’imaginer que les personnages pensent ce qu’ils disent. L’autre danger serait d’en faire un texte désincarné, à s’éloigner de son élégance première, car on rit beaucoup avec ces personnages, et ce serait folie de s’en priver.

 

Michel Burstin