Projet de création

SUZY STORCK - Magali Mougel

 

Texte en finale du Grand Prix de Littérature Dramatique 2014

 

Nous recherchons des partenaires pour

 s'engager avec nous dans cette création.

 

Découvrez le dossier SUZY STORCK

 

Le Mot de l'auteur

 

"Dans Suzy Storck, on revient

comme on exhume un corps

comme on déterre une histoire

sur l’incapacité de Suzy Storck à ne pas avoir réussi à affirmer de façon suffisamment vindicative

qu’elle désirait refuser certaines obligations personnelles et physiques aussi bien qu’économiques

qu’elle désirait refuser de remplir son devoir conjugal

en ne produisant pas d’enfants."

 

Magali Mougel 

 


 

Le Mot d'Hercub'

 

Suzy Storck, ou l’art de détricoter le fait divers.

 

On nous en donne à foison de ces « drames du quotidien ». Une certaine presse s’en repaît, on nous les jette en pâture, sans explication, sans recul. Chacun d’entre eux prend quelques secondes dans un journal télévisé, puis on passe au suivant, souvent en rajoutant un peu de drame au drame pour exciter un peu plus nos glandes lacrymales, devenues insensibles à force d’être gavées. Il ne s’agit pas de comprendre, il s’agit de pleurer. Ou plutôt de voir pleurer.

 

Magali Mougel fait tout le contraire. Elle s’empare d’un fait divers, et le restitue en multipliant les points de vue. Elle pose les situations et les enjeux. Elle nous fait sentir les désirs, les histoires de chacun, les frustrations, les pressions, les compromissions... Et on devine le malaise palpable, on sent la tension monter, le drame s’ourdir. On est sur un champ de bataille avant la bataille. Ca ne s’appelle donc pas encore un champ de bataille, pour l’instant c’est juste un champ. Et quand la catastrophe arrive, c’est logiquement qu’elle survient, presque inéluctablement. Les êtres humains sont pris dans un engrenage, où leurs états d’âmes, leurs envies et leurs besoins sont bien trop insignifiants pour modifier le cours des événements.

 

En re-complexifiant le fait divers, Magali Mougel l’humanise. Et il devient un problème de société. Il nous concerne tous. Il nous regarde.

La plume de Magali Mougel est un microscope, qui dilate l’espace et le temps, pour nous aider à comprendre.

 

 

Ils en parlent

 

FRANCE CULTURE - Joëlle Gayot

Joëlle Gayot lui a consacré dimanche 4 janvier 2015, le texte d’introduction de son émission "Changement de Décor" sur FRANCE CULTURE : 

 

Certaines femmes ne se résignent pas à la vie qu’on leur fait mener. Etre épouse, être mère, s’occuper du foyer conjugal, cela ne leur suffit pas. Henrik Ibsen a parlé de ces femmes et plutôt bien. En France, une jeune auteure de théâtre, Magali Mougel, a écrit une pièce dont le titre est aussi le nom de l’héroïne. SUZY STORCK n’en peut plus de ses enfants qui l’épuisent, de son mari qui l’engueule, de sa mère qui la flique, de ce temps perdu à faire les courses, le ménage, la cuisine, en attendant que son époux rentre du boulot. Alors elle pète les plombs, et l’histoire finit mal, très mal.

Ce texte de Magali Mougel, publié aux éditions Espace 34, est remarquable, effrayant, passionnant.

On attend les metteurs en scène qui, demain, vont le représenter sur les planches des théâtres.

De Médée à Nora, en passant par Suzy, les femmes qui ne se résignent pas, les femmes en colère, les femmes qui vont au bout de leur désir de vie, sont pour le théâtre un combustible puissant. La femme est l’avenir de l’homme chantait Jean Ferrat. Elle est aussi l’avenir du théâtre.  

  

Lien pour écouter l'émission

 

REVUE AGON - Sylvie Jobert

J’ai fini de lire Suzy Storck, et j’ai eu envie de réécouter le superbe duo Higelin / Fontaine paru en 68 dans l’album « Brigitte Fontaine est folle ». La chanson s’appelle « Cet enfant que je t’avais fait ». Les beaux textes créent toujours de belles connexions (…) Il y a dans ce texte une sensualité incroyable (…) C’est la liberté des femmes qui est ici mise en examen. Comme dans beaucoup de textes de Magali Mougel on a une fusée à deux étages. Il s’agit d’acquérir de haute lutte une autonomie sociale, économique, existentielle, par le travail. On échappe à une aliénation pour se trouver face à une autre : celle du monde du travail. Comment penser l’issue de secours ? D’Agnès Varda à Jelinek, la même problématique est à l’œuvre. Avec ici, comme chez Jelinek, ce tricotage d’une langue conceptuelle et d’un embrasement sensible.

La langue procède par versets, retours à la ligne, reprises, pour se préciser à elle-même sa pensée. Au bout surgissent des vérités de rouleau compresseur. Sur la scène, c’est un formidable appui de jeu : pas d’élision, une langue droite, matérielle elle aussi, dont le rythme impose la respiration, et mène l’interprète à son juste état.

 

LE MATRICULE DES ANGES - Patrick Gay-Bellile

L’ensemble de la pièce, nous est racontée par le Chœur, personnage principal, essentiel de l’histoire.

C’est lui qui décide de nous emmener à travers ce vies ordinaires, lui qui nous rappelle qu’un jour Suzy constate « son incapacité à ne pas avoir réussi à affirmer de façon suffisamment vindicative / qu’elle désirait refuser certaines obligations personnelles et physiques / aussi bien qu’économiques / qu’elle refusait de remplir son devoir conjugal / en ne faisant pas d’enfants ». (…) Car c’est une tragédie que nous propose Magali Mougel. Le choeur est le témoin précis d’un destin qui se noue, et les Dieux ont été remplacés par les règles et les normes d’une société qui impose à ses membres des schémas archaïques, dépassés, et par trop hiérarchisés. Jusqu’à la seconde d’inattention...

Le chœur nous donne les lieux, les dates, les heures, il est le scribe précis, le greffier des événements qui s’agencent. « Tout cela se passe le 17 juin, entre 20h54 et 22h54. Deux heures précisément.